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Mme Line Beauchamp, Ministre
Ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs
Danford Lake, le 14 janvier 2008

Objet :     Projet de lieu d’enfouissement technique (LET) régional à Danford Lake (Municipalité d’Alleyn-et-Cawood, MRC de Pontiac, Région de l’Outaouais)

Madame la Ministre,

L’an dernier, la plupart des MRC de l’Outaouais, dont la Ville de Gatineau, ont décidé de rechercher ensemble une solution commune au problème de la gestion des matières résiduelles de la Région . C’est d’ailleurs l’une des principales raisons pour lesquelles la Commission du BAPE vous a recommandé de ne pas approuver le projet, afin de permettre à la Région de mener à bien le processus enclenché (http://www.bape.gouv.qc.ca/sections/rapports/publications/bape246.pdf).

Bien que partie au processus, la MRC de Pontiac hésite à coopérer avec les autres MRC de la Région en disant qu’elle n’a pas les moyens de se payer les solutions qu’elles envisagent et que l’enfouissement des déchets est donc la seule réponse possible à son problème. Cette position ne tient compte ni de la vocation du Pontiac (tourisme et écotourisme) ni des hausses du prix de l’essence ni des coûts de décontamination du site, inéluctables d’après les études sur la question. SNC-Lavallin le confirme dans son rapport à la Ville de Montréal (p. 4) : «les coûts de l’enfouissement […] n’incluent pas les coûts réels liés, par exemple, à la réhabilitation et à la décontamination future du LET.» 

Or, les solutions au problème de gestion des déchets de l’Outaouais peuvent être à moyen et à long termes. Pour le long terme, la Région de l’Outaouais envisage des technologies de valorisation des déchets. Pour le moyen terme, ses MRC se regroupent pour conclure des contrats avec des LET existants, le temps de trouver la meilleure solution et de déterminer son lieu d’implantation optimal.

D’autres MRC et villes du Québec font face au même problème. Dans le cas du projet d’agrandissement du LET de Magog, le BAPE vous invite à donner à la MRC de Memphrémagog un délai de quatre ans afin de lui «permettre de mettre en œuvre des solutions de remplacement à l’enfouissement, comme le privilégie d’ailleurs la Conférence régionale des élus de l’Estrie» (http://www.bape.gouv.qc.ca/sections/rapports/publications/bape247.pdf).

La Ville de Montréal elle-même veut renoncer à l’enfouissement en construisant plusieurs usines de gazéification pour «éliminer tous les déchets ultimes de la région, sans émissions toxiques ou émissions de gaz à effet de serre». 

S’il s’explique par un souci accru du respect de l’environnement, ce désir de changement a aussi des motivations économiques : la mise aux normes des sites d’enfouissement maintenant exigée
a un coût élevé qui est répercuté aux usagers, rendant d’ores et déjà les coûts de l’enfouissement beaucoup moins compétitifs. Si l’on intègre dans l’équation la hausse constante du prix de l’essence (on parle maintenant de 1,50 $ le litre dans un avenir rapproché) et la nécessité impérieuse de réduire les gaz à effet de serre en diminuant les distances de transport, l’on comprend mieux pourquoi les responsables de la gestion des matières résiduelles se tournent vers des solutions vertes et durables implantées à proximité des centres de masse : la Ville de Gatineau projette de construire un complexe environnemental près de son aéroport, imitant ainsi l’exemple d’autres villes canadiennes de même taille (Victoria, Burnaby, Saskatoon, Regina, Sudbury, Windsor, Markham, Oshawa, Laval, Sherbrooke, Halifax, St. Johns).

Des compagnies canadiennes et québécoises (Enerkem, Plasco Energy Group, Pyrogenesis, Sandwell, etc.) offrent des technologies de valorisation des déchets. Les audiences du BAPE ont démontré que les élus et les citoyens de la Région soutiennent la recherche de telles solutions. Il convient de souligner ici que la majorité des 4 158 citoyens qui ont signé une pétition contre le projet sont des résidents de l’Outaouais québécois (Danford Lake, Kazabazua, Low, LaPêche, Chelsea, Cantley, Gracefield, Otter Lake, Campbell’s Bay, Shawville, Fort Coulonge, Pontiac, Quyon, Luskville, Grand Remous, Bouchette, Maniwaki, Lac Ste Marie, Gatineau, Aylmer, Val-des-Monts, L’Ange-Gardien, etc.).

Nous vous demandons respectueusement de suivre les recommandations de la Commission du BAPE, en respectant la volonté des citoyens de la Région de l’Outaouais et en vous conformant aux grands principes de la Stratégie gouvernementale de développement durable. Créer un LET n’est pas une solution à court terme : c’est créer un monstre qu’il faudra nourrir pendant 30 à 50 ans pour en maintenir la rentabilité. Et le seul moyen possible de le faire sera d’importer des déchets de l’extérieur de l’Outaouais, voire du Québec, puisque les autres MRC de l’Outaouais auront choisi entre-temps des solutions plus vertes.

Les municipalités du Canada, du Québec et d’ailleurs sont toutes aux prises avec des hausses significatives des coûts d’élimination des déchets, et le Pontiac ne fait pas exception à la règle. Si le Pontiac devait absolument faire l’objet d’une dispense spéciale, la solution serait alors de proroger pour lui le délai de fermeture des dépotoirs en tranchée. Si elle n’est pas idéale, cette option aurait du moins le mérite d’être cent fois moins dommageable que la création d’un nouveau LET.

La gestion des matières résiduelles est arrivée à un tournant de son histoire. Il s’agit là d’une opportunité politique majeure, et il serait infiniment dommageable que le Québec manque ce virage, déjà amorcé par d’autres provinces canadiennes telles que l’Ontario et l’Alberta.

Veuillez recevoir, Madame la Ministre, l’expression de notre très haute considération.

 

André Carrière, Président

 

Copie :
Mme Stéphanie Vallée, députée de Gatineau
Maître Nério de Candido, avocat  

“Pour des raisons économiques et environnementales reliées au transport, nous privilégions l'implantation de technologies [qui] permettent de minimiser ou enrayer le recours à l'élimination. L'étude de l'implantation de ces technologies fait partie du travail de régionalisation du dossier de la gestion des matières résiduelles en cours dans la région de l'Outaouais par l'entremise de la Table des préfets de l'Outaouais.” Mémoire de la MRC de la Vallée-de-la-Gatineau aux audiences du BAPE (DM 28).

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