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Les goélands font des dégâts dans les villes
By Michaëla Bobasch, Le Monde, 14 août 2006

Les cris des goélands étaient jusqu'ici caractéristiques des bords de mer. Aujourd'hui, ils assourdissent les citadins. Plus de 20 000 couples de ces volatiles ont, en effet, été recensés dans une centaine de villes, y compris Paris, où l'on en compte une quinzaine. On distingue quatre espèces (goélands bruns, marins, leucophées et argentés) de cet oiseau marin, qui mesure 1 m 40 d'envergure et appartient à la famille des lariformes (mouettes, sternes).

"Nous avons trouvé pittoresque l'arrivée de ces oiseaux ; c'était beau de les voir planer dans le soleil couchant, raconte un habitant de Montpellier. Mais nous avons vite déchanté en raison de leurs cris dès 5 heures du matin." Outre ces nuisances sonores au moment des parades nuptiales et du premier envol des petits, cet oiseau provoque d'importants dégâts. Ses fientes acides corrodent la peinture des véhicules, il arrache les revêtements des terrasses pour construire son nid, bouche les gouttières avec les reliefs de repas, détériore câbles et antennes et représente un danger sur les aéroports. " Le pourtour méditerranéen ne fait que subir avec quelques années de retard un phénomène qui affecte depuis longtemps la façade atlantique", indique Bernard Cadiou, ornithologue et membre de l'association Bretagne vivante. Les spécialistes se sont inquiétés de ce phénomène dès les années 1970, lorsque ces oiseaux, attirés par les décharges à ciel ouvert, ont commencé à élire domicile en milieu urbain.

QUANTIFIER LES DÉGÂTS

Le goéland trouve en ville nourriture abondante et absence de prédateurs. Il y devient plus prolifique, avec, chaque année, une à deux naissances par nid, contre seulement 0,1 à 0,3 poussin par couple sur le littoral. "On constate un important déclin des goélands dans leur milieu naturel (- 83 % sur l'archipel de Molène) et une explosion dans les villes (+ 15% par an à Brest)", remarque Philippe Dubois, de la Ligue de protection des oiseaux (LPO).

En Europe, le goéland est protégé. Il est interdit de le tuer, de le capturer, de le transporter, de le mutiler, de le naturaliser et de détruire oeufs et nids, sous peine d'une amende de 2 000 euros (arrêté du 17 avril 1981).

Des "autorisations de limitation des populations" des seuls goélands argentés (les plus nombreux) peuvent cependant être obtenues, à condition de prouver l'existence des nuisances et de quantifier les dégâts. Le dossier passe alors de la mairie à la préfecture, puis au ministère de l'écologie et du développement durable, qui donne le feu vert après avis du Conseil national de la protection de la nature (CNPN), avec un délai de deux à six mois. Chaque année, une quarantaine de demandes sont examinées. Il n'y a pas de solution miracle.

A Dieppe, où l'on a recours aux effarouchements à l'aide de rapaces et à la stérilisation des oeufs, le nombre de goélands reste stable depuis vingt ans. A Brest, où l'on compte 1 200 couples reproducteurs, on pratique la stérilisation des oeufs depuis 1993, pour un coût annuel de 44 000 euros. Malheureusement, ces opérations favorisent la dissémination des colonies de goélands qui vont se reconstituer dans un autre quartier de la ville ou dans une localité voisine.

"On intervient trop tard. Il faudrait éradiquer les implantations pionnières, pour éviter que les poussins ne reviennent nicher sur les toits où ils sont nés. Or cette élimination précoce est toujours refusée par les autorités, car il est difficile, à ce stade, de faire état de nuisances importantes et avérées", estime M. Cadiou. Il souhaiterait, de la part des pouvoirs publics, une approche cohérente du problème, avec baguage des oiseaux et étude du comportement des goélands urbains sur les différents sites.

En attendant, il est conseillé aux résidents de ne pas nourrir les oiseaux et d'implanter sur les immeubles des picots pour les dissuader de se poser. On peut aussi se constituer en association pour alerter la mairie, dès qu'apparaît le premier couple reproducteur.

Michaëla Bobasch
Article paru dans l'édition du 15.08.0

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