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La folie des ordures
Jean-Marie Bergeron

Le mardi 22 janv 2008
ENVIRONNEMENT
La folie des ordures
Jean-Marie Bergeron

Le Droit

Collaboration spéciale

On a tout essayé. Rien ne fonctionne. Il faut bien se rendre à l'évidence. Personne ne veut de nos ordures, même pas les dépotoirs de la Mauricie. Qui voudrait des ordures des autres ? Il est peut-être temps de trouver des solutions locales à ce problème qui est généré localement par nous tous.

Tous résidus confondus, chaque citoyen du Québec en produit ou en fait produire 1,5 tonne par année et cette quantité augmente d'environ 5 % sur une base annuelle. Au niveau résidentiel, c'est près de 1/2 tonne par personne qui est produite, dont 1/3 en matières putrescibles, 1/3 en papier-verre-métal-plastique et 1/3 en déchets ultimes.

Pour une population urbaine comme celle de Gatineau, ce sont 370 000 tonnes de résidus qu'il faut gérer par année, dont les 82 000 tonnes de matières putrescibles et déchets ultimes du secteur résidentiel.

Ces chiffres sont, bien sûr, approximatifs, mais ils démontrent l'ampleur du problème qu'il faut apprendre à gérer ici même à Gatineau. Doit-on composter la partie putrescible, enfouir la partie déchet, utiliser une solution globale pour tous les résidus, ou des nouvelles technologies pour chacune des voies ?

On sait comment ramasser les matières résiduelles à Gatineau, mais pas quoi en faire. D'un côté, il est navrant que l'on ne soit pas plus avancé après 20 ans de réflexions à la suite de deux politiques provinciales sur les matières résiduelles.

D'un autre côté, c'est une chance unique car de nouvelles technologies existent pour solutionner tous nos problèmes. Il suffit de décider ce qui est optimum dans les circonstances. Si l'objectif est de réduire le volume des résidus, une seule solution a donné de bons résultats à date : c'est la pesée embarquée. On paie en fonction du poids de ses résidus. La ville de Manspach, en Alsace, l'a fait et en l'espace de huit ans, les citoyens ont réduit leurs résidus de 73 %. 6000 villes aux États-Unis et 200 au Canada font de même. Il est donc possible de réduire ce que l'on met à la rue à chaque semaine. Comme collectivité, nous voulons peut-être privilégier une voie en particulier. Ainsi, la ville peut certes récupérer les putrescibles pour les composter comme le veut la méthode traditionnelle, mais il y a mieux encore si elle en fait du biométhane ou de l'éthanol qu'elle peut utiliser comme source d'énergie pour ses édifices ou dans sa flotte de véhicules. La ville de Lille en France se prépare à faire du biométhane avec les putrescibles pour ensuite alimenter une centaine de ses autobus. Québec et Montréal examinent présentement cette solution. On peut vouloir s'attaquer aux déchets ultimes qui ont toujours besoin d'un grand trou à la campagne pour être enfouis. Ces déchets ultimes ainsi que les débris combustibles de la construction peuvent être gazéifiés au plasma, ce qui les fait disparaître sans produire de gaz à effet de serre, ni de cendres. Les résidus ont même une valeur de revente. Plus besoin de trou à la campagne !

Il est vrai que les ordures ménagères peuvent être considérées comme des sources de problèmes et de dépenses, mais pour les élus qui voient loin, elles sont des occasions d'investissements et d'épargne. C'est ce qu'ont fait les élus de villes avant-gardistes partout dans le monde comme San Francisco, Canberra (Australie), Orillia et Peterborough, plus près de nous. C'est une question de choix. Il faut sortir des sentiers battus et utiliser son imagination. Gatineau pourrait ainsi être citée en exemple partout dans le monde si on s'applique à être les meilleurs. C'est dans la tête que ça se passe, pas seulement dans les poches des contribuables.

jbergeron@ledroit.com

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